Jougs et boeufs Morvandiaux

Quasiment toutes les informations développées dans cette page sont une synthèse des périodiques la "Camosine" (ISSN 0153-7121.) édités par l'association du même nom.


Quelques définitions : Vous pouvez les cliquer individuellement ci-dessous, ou mieux, les découvrir au fil de la page :


l'ambiâ    le boeuf du Morvan    Le Bouvier    Le Chapeau    La Corbotte    Les Cordets    Les Coussins    Le Dressage    Le joug    La Plotte    La Sarre    La Têtière    Le Timon   


Joug :

Pièce de bois qui lie les animaux côte à côte (joug de tête, ou joug d'épaule).
Les tailles sont variables suivant qu'ils sont destinés à des boeufs, des vaches, ou des animaux spécialisés dans le charrois, ceux-ci étant beaucoup plus forts.
Généralement taillés en hêtre, quelquefois en frêne, plus rarement en noyer (plus facile à polir).
Nos aïeux qui aimaient les choses bien faites coupaient le bois qui servira à la fabrication du joug, entre la mi-août et début septembre, ou à défaut lors d'une lune ronde. Ensuite, il est conservé jusqu'à son utilisation future immergé dans un plan d'eau (plusieurs mois, années).
Le fabricant de joug se nomme un "joutier", en cas de pénurie, le "charron" spécialiste des roues et des véhicules peut en tailler.
Une fois fabriqués, les jougs sont fumés avec des feux de broussailles humides alimentés de bois vert.

Plus le bois est vert, plus le joug sera rouge.
Plus la fassine (mot local pour fascine = fagot) est sèche, plus le joug sera noir.

Les jougs sont disposés sur deux perches, elles-mêmes posées sur quatre chevalets. Le feu est mis tout autour et de nuit afin de détecter que les jougs ne braisent pas. Le tout pendant trois à quatre heures.

Jougs de tête
(vue arrière).
Têtière :

Les deux arcs du joug qui viennent se placer sur les boeufs.



Chapeau :

Face interne de la têtière (en contact avec l'animal).



Plotte :

Partie centrale et plus épaisse du joug sous laquelle on va caler le système d'attelage

PS les charretiers utilisaient parfois un joug dont la plotte trouée en son centre recevait directement le timon de la charrette (donc pas d'ambiâ, ni de sarre), avantage, si la charrette verse, elle n'entraîne pas les boeufs. Inconvénients : les à-coups sont ressentis directement par les boeufs.



Coussins :

Servent à protéger le front des animaux de la friction des courroies (quelque-fois même du "chapeau"). Ils peuvent être en cuir, paille, toile de jute.
Pour réaliser un "boudin du Morvan" (attelage arrière) : "On coupe le seigle en juillet et on le conserve à l'ombre pour lui garder sa souplesse..."
Autrefois, on faisait reposer la têtière du joug sur le coussin étalé du front à la nuque (attelage avant).

Ambiâ :

Dans le Morvan nord, le timon était suspendu directement à l'aide d'un anneau fait avec des rouettes (jeunes pousses de chêne ou de charme) que l'on torsade.
Ce lien végétal demeure assez souple pour accuser les à-coups et torsions provoqués par les différents types de terrains.
Les rouettes sont torsadées sur un établi puis chauffées dans un four immédiatement après une tournée de pain. Ensuite, les rouettes sont mises en forme sur un gabarit en bois (une "tendue"), graissées et laissées ainsi huit jours.



Sarre et ambia
(vue arrière).
Sarre :

Voyez l'illustration, vous avez le joug avec son ambiâ qui pendouille des deux côtés, on y glisse le timon. La sarre est un coin en bois que l'on enfonce entre la plotte et le timon pour bloquer le tout. La sarre possède un côté plat pour éviter les rotations et une cheville (un gros clou) traverse sarre et timon pour solidariser le tout.



Timon :

Rien de spécial à dire pour celui de la charrette, par contre, lorsque l'on attelait plusieurs couples d'animaux en suivant, on avait recours à un "mini" timon relié par une chaîne (le "proué") au timon principal.

Corbotte :

Dans le Morvan sud, on n'utilisait pas l'ambiâ, mais une pièce de bois traversant la plotte servait de potence pour y accrocher les rouettes d'attache du timon (les cordets). Une sarre était aussi utilisée.



Corbotte et cordets
(vue arrière).
Cordets :

Dans le Morvan sud, on utilisait la corbotte et ses cordets au lieu de l'ambiâ. Les cordets sont eux aussi fabriqués en "rouettes", mais accrochés à la corbotte.



Bouvier :

C'est le meneur de boeufs, au début du XXème siècle, il était plutôt bien payé, nourri logé et certaines régions en "fournissaient" de plus compétents que d'autres qui s'expatriaient pour gagner leur vie.
Ils ne sont pas propriétaires des animaux (ou alors à de très rares exceptions).



Dressage :

Beaucoup de temps et de savoir faire, donc affaire de spécialistes (à la ferme).
On menait ensuite les animaux pour être vendus dans des foires régionales souvent très éloignées (60 à 70 km et à pied !).
Les charretiers achetaient les équipages déjà dressés au travail (à droite et/ou à gauche).




La race morvandelle :
Unique représentation en couleur sur l'OEuvre de Rosa Bonheur "Labourage en Nivernais"

Tableau de Rosa Bonheur
(Musée d'Orsay Paris).


Je ne vais pas reprendre tous les passages louant ses grandes qualités de trait, mais le XIXème siècle est unanime pour la qualifier de race la plus efficace à la tâche (le XIXème étant réputé cocardier, ils n'hésitaient pas à dire "du monde").
Disons quand même que les boeufs morvandiaux étaient extrêmement forts et infatigables au travail, recherchés par tous les pays voisins et coûtant de ce fait fort cher.
"1500 kg à 1700 kg sur une charrette est pour eux une charge ordinaire (deux fois plus que dans le tableau ci-dessous !)."



A titre de comparaison, voici un tableau tiré d'un traité de 1584 de Marc'Antonio Bellone sur le transport de l'artillerie (métal nu, les affûts étant considérés comme négligeables). La base étant d'une paire de boeufs ou de chevaux pour 1000 à 1200 livres (500 kg à 600kg) :

Double canon de 20000 livres : (10 tonnes)20 paires
Couleuvrine de 15000 livres : (7.5 tonnes)15 paires
Double canon de 10000 livres : (5 tonnes)10 paires
Double demi canon de 7000 livres : (3.5 tonnes)7 paires
Double quart de canon de 3500 livres : (1.750 tonnes)4 paires
Double sacre de 2500 livres : (1.250 tonnes)2 paires
Double faucon de 1500 livres : (750 kg)1 paire

Historiquement, on sait que depuis l'invention du flottage en 1547 (et ce, jusqu'en 1830 = perfectionnement du réseau routier...) le transport du bois des lieux de débitage jusqu'à la rivière a été fait exclusivement par les boeufs morvandiaux (en Morvan, Nièvre, Yonne, Saône et Loire, Cher). De nombreux témoignages les rendent les plus aptes aux chemins escarpés, pentus, boueux, bref impraticables.

Ma saynète située vers 1440 à base de charrois bourguignon et bombarde du même cru, trouve tout naturellement sa place dans ce patrimoine.






Cette race s'est éteinte en 150 ans (de 1760 à 1910) essentiellement pour deux raisons :

Bref lorsque l'animal avait huit ans de bons et loyaux services, il n'était même plus bon pour la boucherie, alors que les races charolaises ou salers, bien que largement moins bonnes travailleuses étaient mises à engraisser en fin de carrière et rapidement recyclées en viande.
Lorsque en 1830, il y eut assez de routes carrossables en France, il n'y eut plus besoin de races spécialement vaillantes qui seules pouvaient accéder aux zones difficiles.

Le calcul de l'époque : on fait travailler des races "faibles" sur des chantiers devenus faciles, puis on les vend aux bouchers parisiens = double bénéfice.

La race "rouge barrée" avait encore très bonne réputation en 1900 (bien que peu d'animaux restassent purs) mais était déjà supplantée par les "blancs" (charolais), salers et autres "limousins".




Une description de 1819 :

Une autre vers 1840 :

la race Morvandelle
Hommage informatique... à la vache Morvandelle.




Document : http://dioramas-et-figurines.fr
ed. 2008 - 01 mars